Pension de réversion : conditions, montant et démarches en 2026
Quand un conjoint marié meurt, l'autre peut, sous conditions, percevoir une partie de sa retraite : c'est la pension de réversion. Elle représente entre 50 % et 60 % de la retraite que percevait le défunt selon les régimes. Elle n'est jamais automatique : il faut en faire la demande, et les règles diffèrent selon le ou les régimes auxquels la personne avait cotisé.
Ce guide explique précisément qui peut en bénéficier, à quel âge, à quel montant, et comment faire la demande sans se perdre entre les caisses.
En bref
- Bénéficiaire : conjoint marié ou ex-conjoint marié. Le PACS et le concubinage n'ouvrent pas droit, sauf cas particuliers en fonction publique.
- Âge minimum : 55 ans dans le régime général (depuis 2009). 55 ans dans les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO. Aucun âge minimum dans la fonction publique.
- Conditions de ressources : pour le régime général uniquement (plafond environ 24 710 € de revenus annuels en 2026).
- Montant : 54 % de la retraite du défunt dans le régime général, 60 % dans l'AGIRC-ARRCO, 50 % dans la fonction publique.
- Démarche unique : possible via Info-retraite.fr, qui transmet la demande à tous les régimes concernés.
- Délai : à demander dans les 12 mois pour percevoir la rétroactivité du décès. Au-delà, la pension n'est versée qu'à partir de la demande.
Qu'est-ce que la pension de réversion ?
La pension de réversion est une fraction de la retraite du conjoint décédé versée à son conjoint survivant. Elle n'est pas un héritage : c'est une prestation sociale, calculée sur les droits à retraite de la personne disparue, et soumise à des règles propres à chaque régime.
Concrètement : si votre époux ou votre épouse cotisait à la retraite (ce qui est presque toujours le cas, dès qu'on a travaillé en France), vous avez probablement droit à une pension de réversion à compter d'un certain âge.
Cette pension n'est pas un droit immédiat. Elle suppose : - D'avoir été marié(e) avec la personne (le PACS et le concubinage ne suffisent pas, sauf exception en fonction publique). - D'avoir l'âge minimum requis selon le régime. - Pour le régime général : de respecter un plafond de ressources. - D'en faire la demande explicitement.
Qui peut bénéficier de la pension de réversion ?
Le conjoint marié
C'est la situation la plus simple. Le mariage suffit, sans condition de durée minimum dans le régime général. Vous y avez droit quel que soit le moment auquel vous vous êtes marié, y compris si le mariage était récent.
L'ex-conjoint divorcé non remarié
Le divorce ne fait pas perdre le droit à la pension de réversion. L'ex-conjoint qui ne s'est pas remarié peut en bénéficier, généralement au prorata de la durée du mariage par rapport à la durée totale d'activité du défunt. En cas de plusieurs ex-conjoints, le partage se fait au prorata.
Les conjoints multiples (cas du remariage du défunt)
Si la personne disparue s'est mariée plusieurs fois et a divorcé sans que les ex-conjoints se remarient, la pension est partagée entre les ex-conjoints non remariés et le dernier conjoint, au prorata de la durée respective de chaque mariage.
Les partenaires de PACS et concubins
Mauvaise nouvelle : le PACS et le concubinage n'ouvrent pas droit à la pension de réversion dans les régimes privés (général, AGIRC-ARRCO).
Exception : la fonction publique. Depuis 2003, dans certains cas spécifiques, les partenaires de PACS de fonctionnaires peuvent demander une pension de réversion sous conditions très restrictives (mariage des deux partenaires interdit pendant 4 ans après le PACS, etc.). À vérifier avec la caisse compétente.
Quel est le montant de la pension de réversion ?
Le pourcentage varie selon le régime auquel la personne disparue cotisait. Beaucoup de personnes ont cotisé à plusieurs régimes au cours de leur carrière (privé puis indépendant, par exemple). Toutes les pensions de réversion peuvent se cumuler.
Régime général de la Sécurité sociale (CARSAT)
54 % de la retraite que percevait ou aurait perçue le défunt. La pension est versée par la CARSAT (Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail).
Régimes complémentaires privés (AGIRC-ARRCO)
60 % de la retraite complémentaire du défunt. La pension est versée par AGIRC-ARRCO.
Fonction publique (État, territoriale, hospitalière)
50 % de la pension du défunt. Versée par le service des retraites de l'État (SRE) pour les fonctionnaires d'État, ou la CNRACL pour les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers.
Exemples concrets
- Cas 1 : votre époux retraité du privé percevait 1 800 € brut par mois. Réversion régime général (54 % de la part régime général ≈ 700 €) + AGIRC-ARRCO (60 % de la part complémentaire ≈ 600 €) = environ 1 040 € de réversion totale par mois, sous réserve des conditions de ressources.
- Cas 2 : votre épouse fonctionnaire territoriale percevait 1 600 € brut par mois. Réversion CNRACL = 800 € par mois, sans condition de ressources.
Conditions d'âge et de ressources
Les conditions varient fortement selon le régime, c'est ce qui rend la matière confuse.
Régime général
- Âge minimum : 55 ans.
- Plafond de ressources annuel : environ 24 710 € pour une personne seule, 39 535 € pour un couple recomposé en 2026 (à confirmer chaque année). Au-delà, la pension est réduite ou supprimée. Les ressources prises en compte excluent les biens immobiliers et certains revenus de remplacement.
- Pas de condition de durée de mariage.
Régimes complémentaires AGIRC-ARRCO
- Âge minimum : 55 ans (sauf si vous avez deux enfants à charge ou plus, ou si vous êtes invalide, auquel cas pas de condition d'âge).
- Pas de condition de ressources.
- Pas de condition de durée de mariage.
Fonction publique
- Pas d'âge minimum.
- Pas de condition de ressources.
- Condition de durée de mariage : 4 ans, ou 2 ans avant la cessation d'activité du défunt, sauf si un enfant est issu du mariage.
Régimes spéciaux (SNCF, RATP, IEG, marins, etc.)
Conditions propres à chaque régime. Renseignez-vous auprès de la caisse spécifique.
Régime des indépendants (SSI)
Aligné sur le régime général depuis 2020 pour les nouveaux décès.
Régime agricole (MSA)
Aligné en grande partie sur le régime général (54 %, mêmes conditions d'âge et de ressources).
Comment faire la demande de pension de réversion
Une seule demande pour tous les régimes : Info-retraite.fr
Depuis 2020, la demande unique de réversion sur Info-retraite.fr permet de demander en une fois la pension dans tous les régimes auxquels la personne disparue avait cotisé. C'est de très loin la voie la plus efficace.
Étapes :
- Créez un compte ou connectez-vous sur Info-retraite.fr.
- Cliquez sur « Demander ma réversion » (rubrique « Mes démarches »).
- Renseignez les informations sur le défunt et sur vous (situation, ressources).
- Joignez les pièces justificatives demandées sous format numérique.
- Validez. Votre demande est transmise à tous les régimes concernés.
Pièces justificatives à préparer
- Acte de décès du défunt
- Acte de naissance du défunt (récent)
- Acte de mariage ou jugement de divorce
- Votre acte de naissance récent
- Pièce d'identité
- Justificatifs de ressources (avis d'imposition, bulletins de salaire ou de pension)
- RIB
- Livret de famille
Si vous préférez par courrier
La demande papier reste possible auprès de chaque caisse. Le formulaire est le Cerfa 12098, disponible sur Info-retraite.fr ou auprès de la caisse compétente.
Délais et calendrier
Délai pour faire la demande
12 mois : si vous faites la demande dans l'année qui suit le décès, la pension est versée avec effet rétroactif au lendemain du décès (ou à compter de votre 55e anniversaire si vous n'aviez pas encore l'âge requis).
Au-delà de 12 mois : la pension est versée à partir du 1er jour du mois qui suit votre demande, sans rétroactivité.
C'est une raison pour ne pas tarder : un retard d'un an peut représenter plusieurs milliers d'euros perdus.
Délai de traitement
En pratique, comptez 2 à 6 mois entre le dépôt complet du dossier et le premier versement. Les caisses ont besoin de récupérer les éléments du défunt et de calculer ses droits acquis, ce qui peut prendre du temps si la carrière du défunt était complexe.
Versement
Mensuel, par virement bancaire. Le premier versement inclut la rétroactivité éventuelle.
Cumul avec d'autres revenus
Avec votre propre retraite
La pension de réversion est cumulable avec votre propre retraite, dans la limite des plafonds de ressources le cas échéant.
Avec une activité professionnelle
Vous pouvez continuer à travailler tout en percevant la pension de réversion. Les revenus d'activité sont en revanche pris en compte pour le plafond de ressources du régime général (avec un abattement de 30 % au-delà de 55 ans).
Avec d'autres prestations
Cumulable avec l'allocation veuvage temporaire (avant 55 ans), les prestations familiales, l'AAH, les minima sociaux. Vérifier au cas par cas.
Allocation de veuvage : pour les conjoints survivants de moins de 55 ans
Si vous êtes le conjoint survivant et avez moins de 55 ans au moment du décès, la pension de réversion ne s'applique pas (régime général). En revanche, vous pouvez demander l'allocation de veuvage : aide temporaire (2 ans maximum) versée par la CARSAT, sous conditions de ressources.
Montant maximal en 2026 : environ 700 € par mois. Demande via le formulaire Cerfa 12098 (le même que pour la réversion).
Foire aux questions
Si je me remarie, je perds la pension de réversion ? Cela dépend du régime. Régime général : non, le remariage ne supprime pas la pension de réversion. Fonction publique : oui, le remariage, le PACS ou le concubinage notoire entraînent en principe la suspension de la pension.
Si la personne décédée n'avait pas pris sa retraite, j'ai droit à la réversion ? Oui. La pension est calculée sur les droits acquis par le défunt à la date du décès. Vous pouvez en bénéficier même s'il n'avait jamais pris sa retraite, dès lors que les conditions d'âge et de ressources sont remplies.
Mon ex-conjoint est décédé après notre divorce. Puis-je avoir une part de réversion ? Oui, à condition de ne pas vous être remarié(e). La part vous est attribuée au prorata de la durée du mariage par rapport à la durée totale de carrière du défunt. Pour la fonction publique, des règles spécifiques s'appliquent.
Quel impact si je suis bénéficiaire d'une assurance vie souscrite par mon conjoint ? Aucun direct. L'assurance vie et la pension de réversion sont indépendantes : vous pouvez cumuler les deux. L'assurance vie échappe d'ailleurs à la succession.
La pension de réversion est-elle imposable ? Oui. Elle est soumise à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux dans les conditions de droit commun des pensions.
Combien de temps dure le versement ? À vie, en principe. Sauf cas de remariage dans la fonction publique (suspension), ou si vos ressources dépassent durablement les plafonds dans le régime général (réduction puis suspension).
Puis-je demander la pension à 50 ans en cas de handicap ? Non, mais l'allocation de veuvage peut combler partiellement. Pour les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO, il existe une exception pour les conjoints invalides (sans condition d'âge).
La pension de réversion fait partie des dispositifs les plus oubliés ou mal compris au moment d'une succession. Si votre situation présente des spécificités (mariage à l'étranger, plusieurs régimes, divorce ancien, etc.), faites-vous accompagner par un conseiller retraite ou utilisez notre questionnaire personnalisé pour obtenir la liste des démarches adaptées à votre cas.